Harut Sassounian L’Arménie et la diaspora en quête d’un nouveau départ

07-11-2016 12:27:09   | USA  |  Articles et analyses
Depuis l’indépendance de l’Arménie, le monde arménien est divisé en trois catégories plus ou moins bien définies : ceux qui soutiennent le gouvernement ou interagissent en partie avec lui ; divers groupes d’opposition ; et ceux qui sont indépendants ou inactifs. Malheureusement, très peu d’efforts ont été faits pour combler le fossé entre ces groupes. Au contraire, il y a eu beaucoup de rhétorique, d’accusations et de confrontations sévères. 
 


Bien que le gouvernement arménien et l’opposition aient des priorités différentes, tous les Arméniens partagent des inquiétudes et des intérêts communs sur l’économie, les droits humains, l’État de droit, le conflit de l’Artsakh (Nagorno Karabagh), l’émigration, la survie de la diaspora et le souhait d’obtenir justice de la Turquie pour le génocide de 1915. Les autorités se sont occupées de diriger le pays et de sécuriser les frontières de l’Arménie et de l’Artsakh, tandis que l’opposition s’est concentrée sur la lutte contre la corruption et la garantie d’élections transparentes. 
 
Ces derniers mois, pour la première fois, on entrevoit la première lueur d’espoir pour de grands changements en Arménie. Certainement motivé par les récentes émeutes à Erevan et les élections parlementaires prochaines, le gouvernement semble vouloir engager de sérieuses réformes, avec la nomination d’un technocrate compétent au poste de Premier ministre qui a carte blanche. De fait, en peu de temps, le nouveau Premier ministre a écarté plusieurs vaches sacrées intouchables ! 
 
Le Premier ministre Garen Karapetyan a avancé énergiquement dans le chemin des réformes tant attendues, et il a déconcerté l’élite du pouvoir et l’opposition. Avec ses actions, M. Karapetyan a gêné de nombreux hauts responsables qui pensaient que leur travail et leurs revenus étaient assurés à vie ! Entre-temps, les opposants au régime font aussi face à un dilemme quant à la façon de réagir et sur ce qu’ils peuvent attendre du nouveau chef du gouvernement. Certains se sont empressés d’exprimer leur manque de confiance en déclarant que rien ne changerait tant que les responsables actuels resteraient en poste, tandis que d’autres ont adopté une position attentiste plus raisonnable ! Le Premier ministre a récemment prévenu toutes les parties qu’il ne resterait pas en poste un jour de plus si ses efforts n’aboutissaient à rien. 
 
Un autre développement important a été le réveil de la diaspora après une longue période d’inactivité. En septembre dernier, trente Arméniens importants, y compris Serj Tankian, Atom Egoyan, Alexis Ohanian, Chris Bohjalian, Eric Bogosian et Sebu Simonian ont lancé une pétition sur change.org appelant à la « Justice en Arménie ». À ce jour, 4000 personnes ont signé la pétition. 
 
Quelques jours plus tard, l’actrice arméno-canadienne Arsinée Khanjian a publié une lettre ouverte très critique suite à son arrestation par la police arménienne lors d’une manifestation à Erevan le 27 juillet. Khanjian a souligné les manquements du gouvernement, et a exhorté les Arméniens de la diaspora à ne pas être des « témoins passifs » mais à s’impliquer dans la transformation des conditions sociales en Arménie. 
 
Le 28 octobre, un autre groupe de vingt-trois Arméniens de renom, dont Abel Aganbegyan, Charles Aznavour, Edward Djerejian, Vartan Gregorian et Ruben Vardanyan, ont publié une autre lettre ouverte exhortant « les Arméniens du monde entier... à s’unir et à construire ensemble l’avenir de l’Arménie. » Les signataires ont appelé « tous les Arméniens à s’engager dans des investissements novateurs à long terme afin de restaurer les forces sociales, économiques, culturelles et technologiques de la nation, en mettant l’Arménie au centre du projet. » La lettre ouverte a été publiée dans The New York Times et Hayastani Hanrapetutyoun. 
 
L’Arménie a réellement besoin d’un partenariat total avec la diaspora pour accomplir toutes les réformes suggérées dans la pétition et les lettres ouvertes ci-dessus mentionnées. Le gouvernement devrait saluer la participation de tous les Arméniens pour améliorer les structures sociales, économiques, politiques et militaires du pays, afin de créer une patrie juste, prospère, bien gouvernée et sécurisée ! 
 
Le seul moyen de transformer l’Arménie en pays hautement développé et démocratique est d’accepter l’implication des 10 millions d’Arméniens du monde, autant que possible, indépendamment de leurs pays de résidence. Étant donné que l’Arménie (Artsakh inclus) est la patrie de tous les Arméniens, chacun a le droit et le devoir de contribuer à sa renaissance ! 
 
Le principal facteur manquant à la pétition et aux lettres ouvertes est un mécanisme qui structurerait la diaspora, afin de maintenir sa propre existence, tout en élargissant l’aide vitale à la Patrie d’une manière coordonnée et systématique. Pour atteindre cet objectif impératif, les Arméniens doivent créer une structure démocratiquement élue pour la diaspora, avec des représentants au Parlement arménien. 
 
 
De Harut Sassounian 
The California Courier 
 
 
 
 
 
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