Harut Sassounian.L’Azerbaïdjan accusé d’avoir donné des millions en pots-de vin au Conseil de l’Europe

04-05-2017 12:16:11   | USA  |  Articles et analyses
Pendant des années, le gouvernement de l’Azerbaïdjan a distribué à profusion des cadeaux onéreux, tels que des tapis de soie, de l’or, de l’argent, du caviar, de l’argent liquide et des voyages tous frais payés, à des hommes politiques et des dignitaires du monde entier en échange de leur vote en faveur de l’Azerbaïdjan et contre l’Arménie et l’Artsakh (Karabagh). Cette pratique illicite est tellement répandue que les Européens la qualifient de « diplomatie du caviar ». 
 


Même si cette corruption se déroule à huis clos et n’est divulguée ni par les responsables azéris ni par les hommes politiques étrangers malhonnêtes, de temps à autre, elle apparaît au grand jour. Gardons à l’esprit que ce qui est révélé est une infime partie du vaste montant des pots-de-vin versés aux personnes en visite à Bakou, à des responsables de divers pays et à des membres d’organisations internationales telles que les Nations Unies. 
 
Récemment, un grand scandale a été dévoilé au sein du Conseil de l’Europe impliquant des millions de dollars en liquide donnés à certains de ses membres pour les remercier de faire échouer des décisions graves pour l’Azerbaïdjan ou de soutenir des rapports non favorables sur l’Artsakh. 
 
Par conséquent, Transparency International, le plus grand groupe anti-corruption du monde, a appelé le Conseil de l’Europe à enquêter sur ces graves allégations de corruption. The European Stability Initiative (ESI) a également accusé l’Azerbaïdjan d’influencer indûment les décisions du Conseil de l’Europe en transférant d’importantes sommes d’argent, et d’autres faveurs, à des parlementaires clés. L’ESI a demandé instamment qu’une enquête indépendante soit menée sur le vote de l’APCE en 2013, impliquant le rejet d’un rapport très critique sur les prisonniers politiques en Azerbaïdjan et le rôle des membres de la délégation de ce pays. 
 
Le journal The Guardian a publié le 20 avril un long article intitulé : De nouvelles affirmations de trucage de votes par l’Azerbaïdjan dans l’institution européenne des droits de l’homme. Deux responsables haut placés de l’APCE (Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe) ont informé The Guardian que des membres de l’APCE recevaient des pots-de-vin de l’Azerbaïdjan en échange de votes en faveur de ce pays. L’APCE est composée de 324 parlementaires provenant de 47 pays européens, y compris l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Géorgie et la Turquie. 
 
Arif Mammadov, un ancien diplomate azéri a informé The Guardian qu’un membre de l’APCE avait reçu plus de 30 millions de dollars du gouvernement de l’Azerbaïdjan à distribuer en tant que pots-de-vin à d’autres membres de l’APCE. « Tobias Billström, un délégué suédois de l’Assemblée et ancien ministre de la Justice, a dit que ‘des membres très crédibles’ lui avaient raconté qu’on leur avait offert des pots-de-vin pour voter d’une certaine façon. Il est l’un des 64 parlementaires à avoir signé une résolution appelant à une enquête indépendante sur ‘ces allégations crédibles et sérieuses de fautes graves’ centrées sur un vote azéri », a rapporté The Guardian. 
 
« Les affirmations ont été pour la première fois mentionnées en 2012 dans un rapport du think tank European Stability Initiative, mais l’affaire a pris de l’ampleur car les juges italiens ont commencé à enquêter sur un ancien dirigeant du groupe du centre-droit, le député italien Luca Volontè. Il est accusé d’avoir accepté 2,39 millions d’euros [2,6 millions de dollars] de pots-de-vin de l’Azerbaïdjan pour soutenir son gouvernement au Conseil de l’Europe. Il pourrait être jugé pour blanchiment d’argent et le parquet de Milan a fait appel d’une décision d’abandon de l’inculpation pour corruption contre lui. Il a toujours nié avoir commis tout acte répréhensible », selon The Guardian. 
 
Même le président de l’APCE, Pedro Agramunt, est exposé à des difficultés, car il a refusé d’ouvrir une enquête sur le scandale de corruption azérie. Son récent voyage en Syrie a fait monter le nombre de membres de l’APCE qui ont appelé à sa démission. Étant donné qu’en vertu de la Règle de Procédure, Agramunt ne peut pas être renvoyé, le Bureau de l’APCE l’a censuré la semaine dernière par le biais d’une résolution indiquant qu’il n’était plus autorisé à faire des visites officielles ou des déclarations publiques au nom de l’Assemblée, en tant que président. Il devrait démissionner sous peu. 
 
De plus, le Conseil de l’Europe a lancé une investigation en 2015 sur la conformité de l’Azerbaïdjan avec la Convention européenne des droits de l’homme, la première enquête du genre sur un État membre en 25 ans ! 
 
Il est honteux que l’APCE, une institution créée pour défendre les droits de l’homme, soit victime des plans de corruption du dictateur azéri. Ces pratiques alléguées sapent les valeurs fondamentales du Conseil de l’Europe. Il est inacceptable que lors des précédentes élections azéries, des membres de l’APCE se soient rendus dans le pays en tant qu’observateurs et étonnamment aient remis des rapports très positifs, alors que le reste des observateurs internationaux avaient des évaluations très négatives. Un tel contraste soulève des inquiétudes quant au fait que l’Azerbaïdjan a réussi à corrompre des observateurs de l’APCE pour dissimuler les élections frauduleuses. 
 
The Guardian conclut en disant « L’Azerbaïdjan se sert de l’Assemblée [PACE] pour ajouter un verni de légitimité au régime autoritaire de son président, Ilham Aliyev, qui gouverne le pays depuis 2003. » 
 
Ignorer les abus de corruption de l’Azerbaïdjan signifierait que le Conseil de l’Europe ne pourrait plus être vu comme le gardien des droits de l’homme ! 
 
 
De Harut Sassounian 
The California Courier 
 
 
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