Harut Sassounian. Le président Trump reçoit deux camouflets en une semaine aux Nations Unies

10-01-2018 17:07:26   | USA  |  Articles et analyses
Le mois dernier, le président Trump a ajouté deux erreurs graves à la longue liste de décisions malavisées en matière de politique nationale et internationale qu’il a prises au cours de l’année.
 


Le 18 décembre 2017, les États-Unis ont mis leur veto à une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies qui appelait le président Trump à révoquer sa déclaration de reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et du transfert de l’ambassade américaine dans cette ville. Tous les autres membres du Conseil de sécurité, y compris la France et la Grande-Bretagne, ont voté en faveur de la résolution qui déclarait avec justesse que « le statut final de Jérusalem doit être résolu par la négociation. » En outre, elle appelait tous les États à éviter de transférer leurs missions diplomatiques à Jérusalem.
 
Le statut de Jérusalem est une question très émotionnelle et portant à controverse pour les juifs, les musulmans et les chrétiens. Israël s’est emparé de la partie Est de Jérusalem pendant la guerre arabo-juive de 1967, puis l’a annexée en violation du droit international. Israël considère Jérusalem comme sa capitale « indivisible et éternelle. » D’un autre côté, les Palestiniens considèrent Jérusalem-Est comme la capitale d’un éventuel État palestinien. Immédiatement après le vote des Nations Unies, le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas a annoncé son refus de rencontrer le vice-président Mike Pence lors de sa visite prévue au Moyen-Orient. Ce voyage a été reporté à une date ultérieure. Des milliers de protestataires ont manifesté dans de nombreux pays islamiques contre la décision de Trump concernant Jérusalem. La gouvernance palestinienne a annoncé qu’elle ne considérait plus les États-Unis comme un médiateur impartial pour la paix entre les deux parties en conflit.
 
Pendant la session du Conseil de sécurité, l’envoyé pour le Moyen-Orient aux Nations Unies, Nickolay Mladinov, a averti que l’action unilatérale du président Trump amenuisait les chances de paix, « affaiblissant les modérés et encourageant les radicaux. »
 
Le président Trump a justifié sa décision en la basant sur une loi adoptée par le Congrès en 1995, pour transférer l’ambassade américaine à Jérusalem. Cependant, tous les présidents américains ont depuis signé une dérogation de sécurité nationale, reportant le déménagement tous les six mois. Ils ne souhaitaient pas saper les négociations de paix arabo-israéliennes et attiser les passions du monde arabe et islamique.
 
Le fait que Trump a promis pendant sa campagne de transférer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem ne peut excuser sa décision récente. Comme je l’ai écrit il y a un an, Trump a fait une promesse malavisée et la tenir pourrait s’avérer dangereux.
 
Pire encore pour les États-Unis, l’Assemblée générale des Nations Unies, dans laquelle les USA n’ont pas le droit de veto, a adopté par une large majorité une résolution le 21 décembre 2017, déclarant la décision du président Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël de « nulle et non avenue ». Il est extrêmement gênant pour une superpuissance telle que les États-Unis d’avoir 128 pays votant contre, et seulement 8 la soutenant, 35 s’étant abstenus et 21 étant absents. Ainsi, le président Trump a ridiculisé les États-Unis devant le monde entier, surtout que ceux qui ont soutenu la résolution sont des pays tout petits, dont la plupart des gens n’ont jamais entendu parler, tels que le Togo, la Micronésie, les Îles Marshall, Nauru et Palau.
 
Par contre, de nombreux pays importants ont voté contre les USA à l’Assemblée générale des Nations Unies : la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la Finlande, la Grèce, la Turquie, l’Italie, le Japon, la Hollande, la Norvège, le Portugal, la Corée du Sud, Singapour, l’Afrique du Sud, l’Espagne, la Suède et des dizaines d’autres.
 
Comme si cette humiliation ne suffisait pas, le président Trump et son ambassadrice à l’ONU, Nikki Haley, ont fièrement déclaré que les États-Unis allaient couper toute aide aux pays qui avaient voté contre les États-Unis. C’est une déclaration ridicule, car les États-Unis ne vont pas supprimer l’aide à de nombreux pays parmi les 128. En outre, quand une puissance mondiale, tels que les États-Unis, fournit de l’aide à un État étranger, elle le fait dans ses propres intérêts. En coupant toute aide, les États-Unis mettraient en danger leurs intérêts nationaux. Accorder une aide ne signifie pas que les USA achètent automatiquement le droit d’un pays souverain à voter comme il l’entend à l’ONU et aient le droit de l’intimider pour le forcer à se soumettre.
 
En ce qui concerne la question de Jérusalem, il y a eu de nombreuses discussions dans la presse arménienne, pour savoir si l’Arménie avait eu raison de voter contre les États-Unis à l’ONU le 21 décembre. On craignait que l’Arménie ne reçoive plus d’aide étrangère des USA et contrarie Israël. 
 
À mon avis, ces deux points ne sont pas valables. Je suis sûr que les nombreux soutiens de l’Arménie au Congrès rétabliraient l’aide américaine, contre le souhait de la Maison Blanche, au cas peu probable où le président Trump mettrait sa menace à exécution 
 
En ce qui concerne les relations avec Israël, l’Arménie risque peu, puisque Israël n’a pas été sympathique avec l’Arménie. Israël n’a pas d’ambassade à Erevan, a refusé de reconnaître le génocide arménien et a vendu des armes mortelles valant des milliards de dollars à l’Azerbaïdjan pour tuer des Arméniens ! Même l’Azerbaïdjan, en dépit de sa lune de miel avec Israël, a voté contre la résolution. Inutile de dire que la Turquie a voté contre aussi.
 
De plus, s’abstenir de voter ou être absent aux Nations Unies, aurait isolé l’Arménie du reste du monde, des communautés arméniennes vivant dans des pays arabes ou islamiques, et aurait contredit le souhait du patriarche arménien de Jérusalem, qui a condamné la décision américaine.
 
Pour finir, les dirigeants israéliens ne devraient pas louer la décision du président Trump sur Jérusalem, de même qu’il n’est pas dans l’intérêt d’Israël de contrarier le reste du monde et de s’isoler. Israël a besoin de rallier d’autres pays, surtout les Palestiniens, pour trouver une solution pacifique par le biais de négociations, et non par l’intimidation ou la violence !
 
©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 4 janvier 2018 – www.collectifvan.org
 
 
 
 
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