Harut Sassounian. Déclarations sur le génocide arménien des présidents des États-Unis, de la France et de la Turquie

08-05-2018 13:23:53   | USA  |  Articles et analyses
Les présidents des États-Unis, de la France et de la Turquie ont fait des déclarations le 24 avril 2018, pour le 103e anniversaire du génocide arménien. Des trois chefs d’État, seul Emmanuel Macron a eu l’honnêteté et le courage de qualifier les événements tragiques par le mot approprié – génocide. Le président Trump a évité d’utiliser le terme génocide, tandis que le président Erdogan, sans surprise, a fait une déclaration négationniste ! 
 


Dans sa lettre adressée au président de l’Arménie, Armen Sarkissian, le président Macron a déclaré : « À vos côtés, nous nous souvenons du 24 avril 1915 à Constantinople et de l’assassinat de 600 intellectuels arméniens, qui marque le début du premier génocide du 20e siècle. Nous n’oublierons jamais ces hommes, ces femmes, ces enfants assassinés, morts de faim, de froid ou d’épuisement sur les routes de la déportation… Avec le Royaume-Uni et la Russie, la France avait dès le 25 mai 1915 qualifié ces massacres de crime contre l’humanité et la civilisation. En septembre 1915, la Marine française, parvenait, sous le feu, à sauver plus de 4 000 réfugiés sur le Musa Dagh. » Dans sa lettre compatissante, le président français a plusieurs fois défini avec précision les massacres de masse des Arméniens comme étant un génocide. 
 
D’un autre côté, le président Donald Trump a répété la déclaration de l’an dernier, en évitant le terme génocide et en utilisant les mots arméniens ‘Medz Yeghern’ qui ne signifient rien pour la plupart des Américains. ‘Medz Yeghern’ (le Grand Crime), a été utilisé entre autres termes par les Arméniens avant que le mot génocide ne soit inventé par le juriste juif-polonais Raphael Lemkin dans les années 1940. Si ‘Medz Yeghern’ est simplement la description des atrocités commises par les Turcs envers les Arméniens, le mot génocide appartient à la terminologie du droit international, selon la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par les Nations Unies le 9 décembre 1948. Le président Trump a utilisé les mots ‘Medz Yeghern’ pour éviter le terme génocide, afin de calmer le gouvernement turc. Il est honteux que le président Trump, un dirigeant non-traditionnel, qui se targue d’adopter des positions non-orthodoxes sur de nombreuses questions nationales et internationales, suive la tradition évasive de ses prédécesseurs et aille dans le sens des négationnistes à Ankara ! 
 
Le 24 avril, l’attachée de presse de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, qui répondait à la question d’un journaliste, a confirmé que le président Trump avait simplement copié le langage de ses prédécesseurs. Sanders a déclaré : « La résolution que le président a signée était conforme aux administrations antérieures aussi. » 
 
Recourant à une gymnastique verbale, le président Trump a fait référence au génocide arménien en tant que « l’une des pires atrocités de masse », « les horribles événements de 1915 » et « les éléments douloureux du passé ». Les conseillers du président Trump lui fournissent un service médiocre en le pressant de remplacer le terme génocide par ‘Medz Yeghern’. Au lieu de conquérir les citoyens arméno-américains, cette terminologie les repousse. Si le président Trump n’a pas le courage d’utiliser le mot juste, il ne devrait pas faire de déclaration du tout le 24 avril. Le président Ronald Reagan avait émis une proclamation présidentielle le 22 avril 1981 reconnaissant le génocide arménien et le gouvernement américain avait soumis un rapport à la Cour internationale de Justice en 1951, mentionnant le génocide arménien. Par la suite, le génocide arménien a été plusieurs fois reconnu par le gouvernement des États-Unis. Tout ce que le président Trump doit faire, c’est de réaffirmer le bilan historique des États-Unis sur le génocide arménien. 
 
Le Comité national arménien des États-Unis a dénoncé « l’échec du président Trump à faire une commémoration honnête du génocide arménien… L’approche de « la Turquie d’abord » du président Trump renforce l’emprise d’Erdogan sur la politique américaine concernant le génocide des Arméniens, des Grecs, des Assyriens et des autres chrétiens. » De plus, l’Assemblée nationale arménienne d’Amérique a qualifié la déclaration du 24 avril du président Trump « d’occasion ratée de réaffirmer sans équivoque le génocide arménien. » 
 
Sans surprise, le ministère turc des Affaires étrangères a publié un communiqué de presse le 25 avril 2018 pour contrer la déclaration du 24 avril du président Trump : « Nous rejetons les expressions inexactes et l’interprétation subjective de l’histoire dans la déclaration écrite de M. Donald Trump, président des États-Unis, publiée le 24 avril 2018 au sujet des événements de 1915. Nous attendons de l’administration américaine une évaluation juste de la période au cours de laquelle tous les peuples de l’Empire ottoman ont énormément souffert. » 
 
Comme on pouvait s’y attendre, la déclaration du ministère turc des Affaires étrangères contient plusieurs erreurs factuelles importantes : 
 
1) Elle met au même niveau la mort de « 500 000 musulmans » pendant la Première Guerre mondiale et le meurtre de 1,5 million d’hommes, de femmes et d’enfants arméniens innocents. Il y a une différence entre être victime d’un génocide et être victime d’une guerre. 
 
2) Elle reprend le mensonge selon lequel le gouvernement turc a ouvert ses archives aux chercheurs et a proposé de créer une ‘Commission historique conjointe’. En réalité, les autorités turques ont nettoyé les archives ottomanes de tout document incriminant et la Commission historique conjointe est tout simplement une ruse pour repousser le moment où la Turquie reconnaîtra sa culpabilité. 
 
3) Elle vante la déclaration du président turc Erdogan, envoyée au patriarcat arménien d’Istanbul le 24 avril 2018 pour commémorer « les Arméniens ottomans qui ont perdu la vie pendant la Première Guerre mondiale. » Nous ne devons pas oublier que le génocide arménien n’est pas lié à la Première Guerre mondiale, de même que les six millions de victimes juives pendant la Shoah n’étaient pas des victimes de la Seconde Guerre mondiale. 
 
Nous espérons que les présidents Erdogan et Trump auront le courage de qualifier les massacres de masse des Arméniens par le mot qui convient : un génocide. Le président Macron l’a fait, Erdogan et Trump devraient le faire aussi ! 
 
 
De Harut Sassounian 
The California Courier 
 
 
 
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