Harut Sassounian. Le meurtre du journaliste saoudien exploité pour des intérêts égoïstes par les puissances mondiales.

01-11-2018 13:34:50   | USA  |  Articles et analyses
Le meurtre odieux du grand journaliste saoudien Jamal Khashoggi a été exploité par les dirigeants de plusieurs pays pour leurs bénéfices politiques et économiques, ignorant la nature ignoble du crime. Les participants à ce jeu abject sont l’Arabie Saoudite, la Turquie et les États-Unis. 
 


Le 2 octobre 2018, Jamal Khashoggi, citoyen saoudien, s’est rendu au consulat de l’Arabie saoudite à Istanbul, pour finaliser son dossier de divorce afin de pouvoir épouser sa fiancée turque, Hatice Cengiz. Khashoggi n’a jamais quitté le consulat. Il a été tué et, selon certaines sources, démembré par une équipe spéciale d’enquêteurs saoudiens envoyés à Istanbul un jour auparavant. Après le meurtre, ils sont immédiatement repartis en Arabie saoudite à bord de deux avions privés différents. 
 
Khashoggi, qui a travaillé pour le gouvernement saoudien où il a occupé plusieurs postes importants, a quitté l’Arabie saoudite et s’est installé aux États-Unis en 2017, déçu par le pouvoir illimité du prince héritier Mohammed ben Salmane. Khashoggi a tout d’abord écrit des éditoriaux critiques dans le Washington Post, alors que les responsables saoudiens ont tenté à plusieurs reprises de le faire revenir dans son pays natal. 
 
Au début, l’Arabie saoudite a annoncé que Khashoggi avait quitté le consulat à Istanbul environ une heure après son arrivée. Toutefois, suite à des fuites du gouvernement turc indiquant qu’il n’y avait pas de vidéo montrant Khashoggi quittant le consulat, les autorités saoudiennes ont changé de version, affirmant que le journaliste dissident avait été tué lors d’une bagarre à coups de poing au consulat. Une semaine plus tard, les dirigeants saoudiens ont de nouveau changé de version, en disant que le meurtre de Khashoggi avait été prémédité et que ce n’était pas un accident. L’Arabie saoudite a ensuite renvoyé cinq responsables de la sécurité et arrêté des dizaines d’autres, affirmant que ni le roi Salman ni le prince héritier n’avaient eu connaissance de ce meurtre planifié. Étant donné que le prince héritier a le contrôle total du pays, personne ne croit qu’il ignorait tout du meurtre de Khashoggi, commis par les plus hauts responsables de la sécurité et du renseignement du pays. 
 
Pendant ce temps, le gouvernement turc, qui est en rivalité constante avec l’Arabie saoudite pour la domination du monde sunnite, a fait fuiter au compte-goutte des preuves du meurtre de Khashoggi, auprès des médias turcs. Au départ, la Turquie avait affirmé que les informations venaient de la montre Apple de Khashoggi, qui avait enregistré sa torture et son meurtre. Lorsque les experts ont déclaré que la montre n’avait pas cette capacité, il est devenu évident que le gouvernement turc s’était servi de la montre pour cacher le fait qu’il avait installé en secret des appareils de surveillance dans le consulat saoudien. 
 
À mon avis, les fuites constantes du gouvernement turc aux médias étaient destinées à envoyer un message aux autorités saoudiennes, à savoir qu’il rendrait publiques les preuves gênantes sur le meurtre, à moins que les Saoudiens ne paient une rançon importante pour le silence du président Erdogan. Tout le monde sait que l’économie turque est en mauvais état et a désespérément besoin de dizaines de milliards de dollars pour rembourser ses dettes étrangères. N’ayant pas reçu de réponse positive, Erdogan a averti les Saoudiens qu’il passerait en personne à la télévision nationale pour révéler la « vérité nue », sauf si les Saoudiens accédaient aux exigences turques. Pendant son discours la semaine dernière, pour la première fois, Erdogan a rendu publique la planification du meurtre de Khashoggi et a soulevé des doutes sérieux sur son caractère accidentel. Cependant, le président turc semblait entretenir l’espoir que les Saoudiens satisferaient ses demandes d’extorsion s’il ne rendait pas publiques toutes les preuves secrètes collectées. Dans son discours, Erdogan n’a mentionné ni le nom du prince héritier, ni le matériel audio-visuel en possession des Turcs qui a enregistré la mort douloureuse de Khashoggi. À la place, Erdogan a posé plusieurs questions, tout en sachant qu’elles n’auront probablement jamais de réponse, telles que : où est le corps de Khashoggi et qui est le collaborateur turc qui l’a fait disparaître à la demande des Saoudiens ? Entretemps, pour coincer encore plus les Saoudiens, la presse turque a publié la semaine dernière des photos macabres du corps démembré de Khashoggi ! 
 
Le troisième coupable est les États-Unis, plus précisément, le président Trump. Lorsqu’il a appris le meurtre de Khashoggi dans le consulat saoudien d’Istanbul, le président Trump n’a cessé d’insister sur sa propre « grande réussite » pour la vente d’armes américaines sophistiquées d’une valeur de 110 milliards de dollars à l’Arabie saoudite, lors de sa visite dans le pays l’an dernier, qui va entraîner la création de « 450 000 emplois pour les ouvriers américains ». Comme d’habitude, le président Trump a exagéré les bénéfices financiers, car il n’a pas signé de contrat de vente pour 110 milliards de dollars d’armes américaines. En fait, il y a eu un accord de vente d’armes pour seulement 10 à 20 milliards de dollars sur les cinq années à venir. En outre, il y a un an, le président Trump a dit que cette même vente d’armes créerait 40 000 emplois américains, et non pas 450 000. Toutefois, quelques jours après le meurtre de Khashoggi, le président Trump a exagéré son chiffre, passant cette fois à 500 000. Une semaine plus tard, il a de nouveau augmenté le chiffre à « un million d’emplois » et ensuite à « plus d’un million d’emplois ». 
 
Quel que soit le nombre d’emplois qui seraient créés et le nombre de milliards que la vente rapporterait, le président Trump n’a jamais exprimé ses condoléances à la famille de Khashoggi. Et même si le président Trump a averti l’Arabie saoudite de « conséquences graves », il a accordé plus de valeur au prix des armes qu’à une vie humaine ! La seule « punition » américaine a été la suspension des visas américains aux 18 Saoudiens envoyés à Istanbul pour tuer Khashoggi. 
 
Malheureusement, la plupart des chefs d’État ne se soucient pas des êtres humains ! Ce que ça me rapporte, ou à ma nation, est une pratique courante. Dans ce processus, les responsables sont prêts à mentir, à tricher et même à tuer. 
 
La fiancée turque de Khashoggi a eu raison de refuser l’invitation du président Trump à la Maison-Blanche. Elle ne souhaite pas que sa douleur soit exploitée par un politicien qui se préoccupe davantage de ses propres intérêts égoïstes que de la douleur et de la souffrance des membres de la famille d’une victime de meurtre mutilée ! 
 
De Harut Sassounian 
The California Courier 
 
 
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