Pour le 100e anniversaire concernant les débats autour du mandat sur l'Arménie au Sénat américain



08-06-2020 12:05:50   | Arménie  |  
 


Mettre l'Arménie sous mandat a été considéré indispensable dès la fin de la Première Guerre Mondiale dès lors que les territoires occupés et leurs peuples ont été soustraits à l'Allemagne et à l'Empire ottoman. Si les colonies allemandes d'Afrique et des îles océaniennes avaient besoin du soutien tant européen que d'une gouvernance à long terme, l'Arménie, la Syrie, la Palestine et l'Arabie Saoudite avaient réellement besoin d'un soutien pour renaître, faire face aux conséquences de la guerre et  adapter leurs propres choix de développement (1).
 
Paralèllement aux revendications territoriales présentées par la Délégation arménienne unifiée à la Conférence de Paix de Paris le 12 février 1919 et au Président des Etats-Unis d'Amérique Woodrow Wilson le 17 avril, la question d'un mandat sur l'Arménie figurait à l'ordre du jour.
 
Les Puissances Alliées considéraient que les Etats-Unis pouvaient prendre en charge ce mandat (2).
 
Deux missions américaines furent chargées d'étudier cette prise de mandat sur l'Arménie. En 1918 ces deux missions se sont rendues au Proche Orient afin d'examiner sur le terrain les conditions de la participation américaine.
 
La mission King-Crain, à Constantinople, en Palestine, en Syrie et Cilicie, a rencontré les représentants des communautés turque, arménienne, arabe et juive. Elle a préconisé tout d'abord  la nécessité de créer un Etat arménien en lui incluant la Cilicie.
Elle considérait que l'Etat prenant mandat sur l'Arménie devait également avoir mandat sur l'Arménie Occidentale et Constantinople, ce qui permettrait de rapatrier, d'échanger les populations, de réguler la dette d'Etat et le développement économique avec la Turquie.
 
La mission militaire américaine avec à sa tête le général T. Harbord (Harbord Mission) s'est rendue à l'automne 1919 en Cilicie, Arménie Occidentale et République Arménie. Elle a rassemblé de nombreuses données concernant les ressources et possibilités de la région et a confirmé les mêmes arguments pour un mandat sur l'Arménie.
 
Dans les coulisses des pourparlers une autre proposition avait été avancée pour faire obstacle au règlement de la Question Arménienne , formulée ainsi : « Non pas un mandat unique pour les arméniens et l’Arménie mais un mandat pour les arméniens et un autre pour l’Arménie ». Cela revenait à établir un contrôle (3).
 
En parallèle à ces questions, la partie arménienne exigeait que l’Arménie bénéficie d’une aide économique et militaire qui lui aurait donné la possibilité de se libérer définitivement et l’aurait confirmée en tant qu’Etat indépendant. 
 
Ce qui est étonnant c'est que les kémalistes n'ont pas eu besoin de chercher un «mandat»; ils l'ont reçu des bolchéviks sous une forme généreuse d'aide militaire, financière , consultative et politique conclue lors des accords bolchévico-kémaliste et anglo-bolchévik signés le 16 mars 1921 (4), (5).
 
Mais revenons à la question du mandat sur l’Arménie. Le 24 mai 1920, le Président des Etats-Unis Woodrow Wilson s’est adressé au Congrès en proposant de prendre mandat sur l’Arménie. Le 1er juin, le Sénat a rejeté la proposition du Président par 233 voix contre 62.
 
Et nous constatons aujourd’hui que ce refus a eu d’importantes conséquences non seulement pour les arméniens et l’Arménie mais pour l’histoire et le destin de tous les peuples et pays du Grand Proche Orient. Les Congressmen ont commis une erreur fatale. Ils n’ont pas pris en considération l’avertissement  prophétique  du général Harbord: ” Il est préférable de dépenser des millions sur un point donné plutôt que des milliards pour des guerres à venir”. Au jour d’aujourd’hui les Etats-Unis d’Amérique ont dépensé des milliers de milliards au Proche Orient, - d’après les dires du Président Trump,
7 trillions de dollars – soit 7 000 milliards et continueront de dépenser à l’avenir en raison de “n’avoir pas donné toute son importance aux conclusions de la mission Harbord concernant ce problème” (6).
 
Néanmoins, le Sénat américain a délibéré entre le 29 mai et le 1er juin 1920 sur la prise de mandat sur l’Arménie. Cela signifie que les Etats-Unis d’Amérique ont reconnu de facto le droit et le titre d’Etat à l’Arménie sur les territoires arméniens et, dans la foulée, cela annulait le droit et le titre de l’Empire ottoman sur ces territoires.
 
C’est cela qui constitue l’essentiel du contenu juridique, du sens et de la portée des débats au Sénat américain concernant le mandat sur l’Arménie.
 
Tigran Pashabézian
Premier Ministre de la République Arménie Occidentale (Arménie)
 
29 mai 2020
 
 
Traduit en français par Béatrice Nazarian
 
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Nouvelles d Armenie et de Diaspora - Noyan Tapan

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